Sur le terrain

Les banques boudées par les investisseurs

Par 14 novembre 2018 Pas de commentaires

Première banque française à annoncer ses résultats trimestriels, en croissance à plus de 2 milliards d’euros, BNP Paribas a vu, dés le jour de cette annonce, son cours de bourse chuter de près de 4%…. Il est fort à parier, cette fois encore, que les résultats des grandes banques françaises, voire même des grandes banques européennes, vont être bons, dopés par l’activité économique soutenue de la zone euro et leurs efforts de transformation permanents depuis la crise de 2008. Pourtant, il est fort à parier, une fois de plus, que les banques cotées ne profiteront pas de cette bonne santé, alors même que leur capitalisation boursière a été divisée par 2 depuis 2007.

Les investisseurs perçoivent les banques comme des valeurs risquées, talons d’Achille d’économies occidentales droguées à l’endettement.

Les investisseurs considèrent les banques européennes comme des valeurs cycliques, c’est-à-dire sensibles aux soubresauts de la conjoncture économique : le modèle économique européen étant “intermédié”, 80% de l’activité économique y est financée par les banques, contrairement aux Etats-Unis. Or le contexte durable de taux bas qui fait fondre les marges de crédit et participe à la limitation de la volatilité des changes, ainsi que les perspectives de ralentissement de la croissance mondiale et européenne sont interprétés comme des signes de fin d’un cycle “porteur”, susceptible de peser durablement sur la rentabilité future des banques. Si on ajoute à cette tendance le renforcement sans précédent de la réglementation bancaire depuis 2009 qui a conduit à un quasi doublement de leurs fonds propres, les arguments ne manquent pas pour que les investisseurs continuent d’arbitrer en faveur de secteurs plus rentables et potentiellement moins risqués, la rentabilité des fonds propres du secteur étant passée sous la barre des 10% pour les meilleures d’entre elles.

Par ailleurs, la baisse du coût du risque contribue à l’amélioration des résultats et consacre l’assainissement des bilans bancaires post-crise par une gestion efficace des créances douteuses qui avaient été accumulées. Là encore, loin de rassurer les investisseurs, cette situation pourtant positive est en fait obérée par la croissance continue des dettes publiques et privées en Europe conjuguée au doute des économistes quant à la capacité des économies occidentales à dégager les richesses suffisantes à leur futur remboursement.

Les banques ont pourtant de fortes marges de manœuvre pour rassurer les investisseurs sur leur rentabilité à moyen terme.

Y a-t-il alors une fatalité à ce que les investisseurs se détournent des valeurs bancaires ? La réponse est bien évidemment non, les marges de manœuvre restant importantes pour que les banques démontrent la viabilité de leur modèle économique et leur capacité de transformation à moyen terme. Transformation digitale tout d’abord. Attaquées sur l’ensemble de leur chaîne de valeur par les néo banques et les “Fin Tech”, elles ont, toutes, engagé de vastes programmes de transformation qui améliorent en profondeur leurs infrastructures informatiques et leurs outils digitaux, cherchent à réenchanter l’expérience client et font évoluer les modalités de travail des collaborateurs (télétravail, évolution de la culture managériale, parcours collaborateurs…). Autant d’innovations qui s’appuient pour partie sur l’incubation et / ou l’intégration d’écosystèmes de start-ups (qui y voient leur salut), et des chantiers de réorganisation qui devraient permettre de renouveler les pratiques bancaires, fidéliser les clients, enrichir l’offre de services et améliorer leur attractivité en tant qu’employeur.

Cette transformation emporte avec elle deux leviers de rentabilité importants : l’optimisation du réseau de distribution et l’accroissement de la valeur ajoutée apportée aux clients.

La pérennité des banques de détail passera nécessairement par une augmentation de la rentabilité du réseau omni-canal. Celui-ci doit s’adapter aux nouvelles pratiques des clients qui ont aujourd’hui avec Internet toutes les possibilités d’obtenir une information financière fiable et complète, et de traiter par eux-mêmes voire par téléphone l’ensemble des opérations jadis réalisées en agence. Néanmoins, encore près de 80% des clients souhaitent pouvoir avoir un contact physique avec un conseiller pour traiter leurs opérations complexes. Loin de préfigurer la mort de l’agence bancaire, c’est au contraire l’organisation de parcours omni-canaux appropriés aux besoins des clients qui est à l’oeuvre, l’agence restant au cœur mais devant trouver sa nouvelle place et ré-inventer son rôle, ainsi que la nature des rapports entre le conseiller bancaire et le client. L’ensemble des banques de détail rivalisent de créativité sur les formats d’agences, leur design et leur offre de services. C’est à cette seule condition que les banques retrouveront de la marge de manœuvre tarifaire, alors que la concurrence fait rage avec les néo banques : la tarification du conseil à forte valeur ajoutée.

Enfin, dans la mesure où la banque d’investissement restera structurellement dépendante de la conjoncture économique et de ses incertitudes, la dé fragilisation des banques par rapport aux cycles économiques plaide pour le modèle de banque universelle : recherche de mutualisation d’activités sensibles à des cycles différents et consolidation géographique. Après tout, avec l’intégration de Fortis, BNP Paribas est ressortie renforcée de la crise de 2008, alors que les principales victimes européennes ont été des banques mono-activité ayant une faible taille critique. Par ailleurs, dans le contexte de taux bas actuel, ce sont les activités de services financiers à l’international et l’assurance qui assurent la croissance des résultats des groupes bancaires. Le difficile équilibre à trouver consiste donc à donner de la cohérence à la diversification en termes géographiques et en termes d’activités, tout en évitant de créer des monstres fragiles qui augmenteraient les risques systémiques dans la zone euro, le spectre de la plus grande crise mondiale depuis celle de 1929 restant gravé dans l’esprit de tous les investisseurs.

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